Par Cécile Gallet, The bold vision

J’ai longtemps réfléchi à cet article. Il a mûri en moi. Il a mis du temps. Ce sujet du portrait photographique que l’on s’autorise chez un.e photographe portraitiste, c’est un sujet délicat depuis 46 ans.

Je suis la petite dernière d’une famille de quatre enfants. Celle qui n’était pas désirée. Les trois premiers ont eu la joie d’avoir leurs portraits immortalisés chez un.e photographe professionnel à plusieurs reprises. Moi, jamais. Je ne sais pas qui était « moi bébé », qui était « moi à un an, à deux ans ». Les premières photos de moi, j’avais à peu près 4 ans. Je courais nue sur une plage de l’Atlantique, nattes au vent, vers mon père que j’ai pris dans mes bras. Ma mère a pris deux photos de ces moments là. Ces deux photos, je les garde précieusement et religieusement avec moi depuis plus de 35 ans. Elles m’ont accompagnée tout au long de mes nombreux déménagements à l’étranger et en France. Peu de gens les ont vues. Elles ont une signification immense pour moi, solennelles, précieuses. Je n’ai aucune photo de ma mère et moi et ce sont les seules avec mon père.Lorsque j’ai poussé la porte du studio de Sylvie Fréjoux en Décembre 2017, je ne lui ai dit qu’une seule chose: « Je te donne carte blanche. Fais ce que tu veux. » Au fil du shoot, je me suis surprise à transmettre des émotions très intimes, à parler de certaines choses que je gardais pour moi auparavant. J’ai lâché prise totalement et ce lâcher prise était nécessaire pour que mes photos soient fortes et ressemblantes avec qui je suis. Le résultat a été au-delà de mes attentes. J’en ai utilisé deux pour mes portraits professionnels, les autres, je les ai gardés soigneusement posés dans le coffret gris texturé à souhait – comme j’aime – que Sylvie Fréjoux m’a remis. Ce coffret est lui-même dans un tiroir secret de mon bureau.

photographe de portrait corporate et de professionnel  à toulon
©studio sylvie fréjoux

Je pourrais vous raconter comme il est important de pousser la porte d’un.e photographe professionnel car il est essentiel d’avoir des portraits de soi tout au long de sa vie. Je pourrais vous dire que trouver un.e photographe qui vous comprend, vous correspond, saura respecter votre être le plus profond et vous restituer une image enrichissante est une expérience importante et utile. Mais je ne vais pas faire cela car vous le savez déjà. Je vais vous parler d’émotions, de réalisation de soi, de réparation, de construction ou reconstruction. Ce premier photo shoot avec Sylvie Fréjoux, c’était un apprentissage pour moi. Je n’avais aucune attente, je ne pouvais donc pas être déçue! Jusqu’à présent, je n’avais pas osé me faire tirer le portrait par un professionnel. Pourtant, j’ai fait des études de photographie à Londres, lorsque j’y vivais. J’ai rencontré et travaillé avec de grands photographes britanniques. J’ai une relation avec la photographie totalement passionnée et vitale. Mais malgré toute cette expérience, m’abandonner entre les mains d’un.e professionnel.le m’avait paru compliqué.

Ce jour-là, je suis ressortie de ce photo shoot soulagée, enchantée, élevée. Vulnérable, certes, mais comme la vulnérabilité n’est pas une faiblesse et qu’elle est la garantie sinequanone d’accéder au bonheur, j’ai laissé ma vulnérabilité s’exprimer sans hésitation. Je me suis sentie en terrain bienveillant. Je savais que Sylvie Fréjoux me regarderait avec amour et compassion. C’est ce que mon intuition me disait et je l’écoute toujours. Pour moi, autoriser un.e photographe à me voir totalement vulnérable derrière son objectif, c’était, avant tout le reste, un exercice d’amour envers moi-même. Un moment exquis de compassion et d’empathie pour moi, pour la petite fille que j’ai été et qui s’est sentie exclue de sa propre famille pendant 45 ans. J’ai laissé Sylvie guider mes gestes avec élégance et harmonie. Nous avons ri. j’ai pleuré, j’ai souri, j’ai pensé, j’ai revu pleins d’images défiler dans ma mémoire, j’ai fait la paix avec ce passé trop triste pour continuer à l’emmener avec moi dans mes prochaines 40 années. J’ai fait la paix avec la petite Cécile, j’ai fait la paix avec mon image. J’ai acté le fait que ce n’est pas parce que mes parents n’ont pas voulu de souvenir de moi bébé, de moi petite fille que je ne suis pas aimable, que je n’en vaux pas la peine, que je ne suis pas une merveille comme chacun.e d’entre nous. J’ai pris confiance en moi ce jour-là un peu plus. J’ai vu le regard que Sylvie a porté sur moi, avec bienveillance. J’étais curieuse de voir le résultat. Bien entendu, les émotions ont été fortes, vives, profondes et salvatrices.

Un an plus tard, j’ai repoussé la porte du studio de Sylvie Fréjoux. Cette fois-ci, je savais ce que je souhaitais : des portraits plus corporate, des détails de mon visage. Le résultat a dépassé mes espérances. Je me reconnais dans le regard que j’exprime. C’est moi, ce sont mes émotions. J’ai particulièrement aimé deux portraits que j’utilise sur mon nouveau site web en construction, ainsi que les détails de ma bouche en triptyque du sourire au rire. Mais celle qui m’a le plus touchée, c’est la photo de mon œil gauche, prise en zoom. Cette photo a une signification particulière pour moi. Mon œil a failli perdre ses facultés avant mes 3 ans. Suivie par un nouvel ophtalmologue compétent, il a réussi à survivre. J’ai porté des lunettes très tôt pour corriger les dommages faits. Les enfants se moquaient beaucoup de moi. J’ai subi multitudes de violence physiques, verbales, réductrices. On me disait que mes yeux étaient laids. Et voici que ce photo shoot montrait enfin à tous et toutes comme mon œil est magnifique!

photographe de portrait de femme d'entreprise à toulon

Plus qu’un souvenir, ces séances intimes sont une affaire de construction du patrimoine photographique familial afin de passer ses clichés de génération en génération. Il peut aussi être un arrêt sur image de son ventre rond, avant que bébé pointe le bout de son nez, ou bien un moment en amoureux pour se souvenir de cet amour naissant, ou encore les premières photos de la surprise dans le regard des parents  à la rencontre de leur bébé.

Pour moi, ces séances portrait chez Sylvie Fréjoux, ont été la réparation du tort que l’on m’a fait. J’en suis à la fois heureuse, grandie et reconnaissante. Que se passera-t-il à la fin de cette année 2019 lorsque je vais pousser pour la troisième fois la porte du studio de Sylvie Fréjoux? A suivre…

Je remercie mille fois Cécile pour cet article. Vous pouvez suivre Cécile Gallet sur The Bold vision

photographe de portrait de femme et d'homme d'entreprise à Toulon
©studio photo sylvie fréjoux à Toulon

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